HPI : essence versus existence

Le diplet essence/existence est utilisé par JY Girard dans « le Point aveugle » pour classer les différentes pensées et travaux en logique. Le point « culminant » de l’essentialisme dans cette activité résidant dans le « transfini » de Cantor, comme un méta qui n’en finit pas de se référer à un méta. C’est la métaphore des tortues qu’on empile, une tortue représentant le monde, une autre tortue le « méta » de ce monde, une autre tortue le « méta » de ce « méta » etc… L’infini joue avec nos représentations en ce sens qu’il s’inscrit dans un cadre fini (celui de l’expérience humaine) et apparaît donc paradoxal. En logique, l’infini transparaît derrière l’axiome d’identité par exemple (« A implique A ») qui semble valable en tous lieux et toutes époques pour A, sans que ce dernier puisse s’altérer. Un tel infini essentialiste ne se construit pas, il s’explique. Un concept HPI (Haut Potentiel Intellectuel) essentialiste serait, par extension, un concept rattaché à des ensembles de caractéristiques inclusives ou exclusives, qui aurait moins besoin de définitions que d’explications car, par essence, il existerait dans la nature et resterait juste à découvrir. Or le point essentiel du concept reste « intellectuel » et en ce domaine, depuis Binet, l’intelligence globale est mesurée par un indicateur, le Quotient Intellectuel (QI). Or (encore), il se trouve que le QI mesuré dans la population générale suit une courbe de Gauss et peut donc être approchée par un phénomène continu. Binet et Simon ayant étudié au départ de leur collaboration une population d’enfants « débiles » (dans le vocable de l’époque) ou « déficient intellectuels » (dans le vocable d’aujourd’hui), ont arbitrairement défini un seuil de QI qui regroupait l’essentiel des patients avec des pathologies avérées et demandant des soins psychiatriques, ce seuil arbitraire a été fixé à moins deux écart-types de la moyenne des QI, soit 70, pour une moyenne à 100 et un écart type de ±15. Il n’y a pourtant rien dans la courbe de distribution des QI qui montre autre chose qu’un phénomène continu.

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Distribution Standard des QI dans la population (©)

La rareté (au sens de la distribution dans la population) se mesure efficacement avec le rang percentile : 2,275 signifiant ici qu’il existe en moyenne 2,3% de la population générale qui n’obtient pas plus de 70 de QI aux tests d’intelligence construits sur une échelle de Weschsler. (Une source indiquerait un taux réel de déficience intellectuelle estimée à 3% dans la population générale au vu des tests passés et des symptômes cliniques relevés).

Il se trouve que les travaux de Binet-Simon adaptés à la population générale ont permis de mettre en évidence le versant symétrique de ce seuil de QI relié à la déficience intellectuelle, à savoir les QI au dessus de 2 écarts types de la moyenne. Ensuite, l’étude longitudinale de Terman (Genetic Studies of Genius) débutée en 1921 a utilisé l’échelle Stanford-Binet adaptée pour les USA de celle de Binet-Simon et l’échantillon sélectionné et retenu portait sur des enfants avec au moins 135 de QI (69% avaient un QI entre 140 et 155 sur une échelle étendue jusque 215). Ce seuil arbitrairement posé pour définir le « surdoué » par le QI était bien évidemment adossé à d’autres critères, notamment la réussite scolaire et/professionnelle, la reconnaissance sociale, la production d’œuvres (art, littérature, sciences)…D’autres études ont suivi aux USA comme en Europe avec des critères plus ou moins équivalents. Des biais de sélection existaient (peu de catégories socio-professionnelles représentées par exemple, des définitions changeantes, etc…) mais toutes ces études sur les surdoués ont fini par donner « chair » à ce seuil arbitraire de QI au point qu’il a traversé les époques ! Il n’y a pourtant rien dans la courbe de distribution des QI qui montre autre chose qu’un phénomène continu, là encore.

Ainsi, les scientifiques n’ont pas étudié un phénomène qui semblait donné par une sorte de « loi naturelle », aussi bien en étudiant les enfants et les adultes déficients que les sur-efficients sur le plan intellectuel. Ils ont juste sélectionné des échantillons issus de la population générale sur la base d’un indicateur mesuré par des tests standardisés par des variables continues. Il se trouve qu’ils ont pu mesurer aussi une corrélation positive à chaque fois avec d’autres facteurs comme ceux évoqués plus haut pour les surdoués ou bien des signes cliniques psychiatriques évidents également pour les déficients. En conclusion, la « définition » du HPI n’est pas donnée par la nature, elle est élaborée par l’homme, de manière arbitraire par le QI notamment, quand les « explications » sur ce concept sont posées a priori avant toute investigation. Et pourtant, les outils mis en œuvre pour étudier ce concept sont d’origine essentialiste…Cela a été illustré dans « HPI : un concept ensembliste ?« , « HPI : une catégorie ? » ainsi que « Wisc/Wais IV : un point de vue catégoriel ?« .

Il resterait sans doute à recadrer ce tableau : en admettant que le concept HPI est une construction sociale, culturellement dépendante, localisée dans l’espace d’hier et d’aujourd’hui, cela invite tout d’abord à élargir la logique sous-jacente au concept: passer d’un point de vue identitaire (niveau aléthique « vrai/faux ») puis « catégoriel » (niveau fonctionnel  » de la preuve ) au point de vue relationnel explicité (niveau « interactif » du processus d’explicitation de la preuve). A ce niveau logique, selon JY Girard, « tout est sur la table, y compris la table »: l’explicite est enfin différent de l’implicite qui se dévoile. Il apparaît de fait évident qu’à ce niveau, les deux premiers sont explicités, c’est pourquoi il ne s’agit pas de les enterrer mais bien de les mettre en relation ! Ensuite, recadrer ce tableau c’est épistémologiquement expliciter l’ontologie du concept HPI. Encore une fois, ne pas jeter les conclusions des études biaisées au prétexte de prétendre les réduire à leurs biais si elles montrent par ailleurs un apport scientifique indéniable (comme celle de Termann par exemple) mais au contraire re-contextualiser ces conclusions pour enrichir d’autres comparaisons. Enfin, recadrer ce tableau passe sûrement par la véritable (re)découverte scientifique du concept HPI : trouver des corrélations significatives , voire si possible des causalités, par des études aux bonnes méthodologies rigoureuses (comme le prône Nicolas Gauvrit ).

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